samedi 7 mai 2016

Un rire


Panama Paper, ça sonne un peu comme le nom d'un groupe de rock adolescent ou comme un film de Sofia Coppola tu ne trouves pas?

Il y a 1 mois, le (petit) monde que nous sommes se réveille halluciné avec un goût de papier dans la bouche. Un gout de "tous pourris" et de"ils leur en faut toujours plus".

Mlle P prend un taxi ce même matin pour se rendre à l'aéroport et tombe sur le taximan plus loquace du monde. Très vite il embraye la première en même temps que le sujet au cœur de toutes les matinales. Il est sympa ce taxi, il rigole fort, avec un accent des îles à vous faire voyager en un instant. Il est 5h du mat', lui doit être debout depuis des heures alors que j'ai du mal à garder les deux yeux ouverts. Travail de nuit Mlle P. suppose, quotidiennement ou quelques nuits par mois pour arrondir tout ça. Un mec qui retrousse ses manches, qui doit avoir un livret A, un crédit de 25 ans sur sa maison, qui regarde son compte à la fin du mois, qui espère pouvoir mettre ses enfants dans une bonne école pour qu'ils ne finissent pas taxi comme lui parce que c'est pas tous les jours facile taxi quand même. Un mec comme moi, comme toi quoi.

Et il rigole le taxi, de son rire communicatif qui sort de la gorge et qui explose dans cet habitacle partagé, se demandant quand même ce qu'ils vont bien pouvoir en faire de tout cet argent, et rigolant de plus belle se demandant s'ils l'emporterons avec eux dans la tombe tout cet argent qu'ils n'auront pas assez d'une vie pour dépenser. On se quitte, arrivés à destination, il me glisse une petite phrase à la gloire de Mitterrand pour conclure "Lui c'était un grand homme" ça sent la nostalgie et le désabusement.

Son rire raisonne quelques instants et dans le rire de ce taxi Mlle P pense à ce qu'elle aimerait bien emporter avec elle.
Sans tomber dans l'anarchisme, Mlle P aime beaucoup trop les chaussures pour ça, est ce qu'on essaierait pas un peu plus de se concentrer sur ce rire, ce verre partagé en terrasse, ce livre bouquiné au bord du canal, toi qui me prends dans tes bras, leurs sourires complices, cet appel qu'on n'attend pas, ce oui, ces larmes, nos choix, les risques pris et ces milles petites plaisirs simples.

Tout ça coule de sens tu me diras, mais on a parfois besoin d'entendre le rire d'un taxi pour se rappeler.

Carpe diem quam minimum credula postero






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